Les critiques de la semaine (24/02)
- La reine des pommes
Du cul-cul pas aussi con-con que ça !
« La reine des pommes » est le premier long-métrage d’une jeune comédienne qui répond au nom de Valérie Donzelli.
Valérie Donzelli.
« La reine des pommes » narre l’histoire d’Adèle, interprétée par Valérie Donzelli, qui se fait larguer par Mathieu, qu’elle aimait tant. D’abord bouleversée par cette annonce soudaine, elle a la mauvaise idée d’écouter sa cousine, Rachel, qui lui conseille de coucher avec un maximum de types pour pouvoir oublier Mathieu. Je dis « mauvaise idée » car ses rencontres successives vont l’amené vers des situations plus que gênantes….
Ce film pratique avec une ferveur sans borgnes la religion du second degré et du ton décalé. Les rires qui résonnèrent dans la salle tenaient autant de la sincérité que d’une moquerie profonde. Pauvres spectateurs désarçonnés par tant de second degré ! En effet, Valérie Donzelli signe un film où le ridicule est roi, pour preuve les parties chantées par l’actrice et réalisatrice. Le côté comédie musicale, qui au début provoque un vrai rire moqueur, tellement ceci est kitch et venu de on ne sait où, manque cruellement d’une bonne transition entre ces scènes chantés et les scènes parlées. D’autre part, le film comporte des répliques sorties tout droit des « Feux de l’amour » ou d’autres soaps insupportables (du genre, « Non Adèle, ne résistez pas a cet amour ! »). Certaines personnes seront donc tentées de plonger dans l’exaspération, tellement tout est second degré dans ce film (comme deux jeunes filles qui ont quittés la salle, un peu avant la fin du film. Je ne les ai pas entendues rire une seule seconde…). Mais d’autres riront de bon cœur (comme moi, je l’avoue). Tout y est décalé, absurde, et parfois même subtil. Au niveau de l’interprétation des acteurs, le film offre une vraie palette de jeu, pour exemple les quatre personnages masculins du film sont interprétés par le même acteur, Jérémie Elkaïm. Ainsi, ce jeune acteur interprète Pierre, l’étudiant amoureux d’Adèle qui ne l’aime pas, Paul, le mec un peu (beaucoup) bizarre sur les bords et enfin Jacques, le bourgeois fou amoureux d’Adèle, mais qui réussira à coucher avec (c’est lui qui dit « Non Adèle, ne résistez pas à cette amour ! »). Cette originalité donne un souffle au film et permet par la même occasion de découvrir les talents d’acteur de Jérémie Elkaïm, qui réussit plutôt bien à jouer sur tous les tableaux, du bourgeois obsédé sexuel à l’étudiant intellectuel. Les personnages sont soit asociaux (comme par exemple Rachel, la cousine d’Adèle, qui ne supporte pas de laisser un individu seul chez elle), soit pervers (comme le personnage de Paul qui souhaite qu’Adèle fasse l’amour avec un autre homme que lui sous ses yeux) ou soit cons (Adèle elle-même). En tout cas, ce sont de vrais cas. D’ailleurs on devrait rebaptiser le film « La reine des connes », tellement les actes d’Adèle sont très proches de la profonde bêtise (car elle se plie aux désirs de Paul). Les personnages sont certes décalés mais quelque part clichés. La mise en scène est très loin de s’apparenter à du génie et la lumière y est parfois exécrable (on se demande comment est-ce possible, surtout au XXIème siècle !). Les cadrages sont affreusement basiques. Les décors sont d’une pauvreté rare, excepté lors d’une scène : Adèle se morfond dans sa chambre, lorsqu’au second plan, accrochés aux murs, des posters apparaissent et sur lesquels sont écrits : « Gros bâtards », « Grosse baltringue », « Fils de pute » et enfin « Vas te faire enculer ». Bien sûr, toutes ces insultes sont destinées à celui qui a quitté Adèle. C’est le seul moment dans le film où un décor est mis en valeur. Comme quoi certains décors peuvent être utiles pour transmettre un message. Lumière pourrie, décors et costumes pauvres témoignent de la modestie de ce film à petit budget.
Les situations cocasses penchent franchement du coté du ridicule (les scènes de sexe par exemple), sauf une. Celle du parc dans laquelle un vrai érotisme transpire. D’ailleurs ceci et un des seuls moments « sérieux » du film. L’intérêt de ce film ne réside surtout pas dans sa réussite cinématographique, mais dans son écriture, qui alimente un changement de ton manifeste dans le film. Valérie Donzelli vacille entre absurde et scènes sérieuses dans lesquelles se dégagent émotion, mélancolie et même, un certain mystère et une forme de réflexion sur le personnage centrale. Car si Adèle paraît à premier abord irrécupérable, son cas révèle même, à bien des égards, à une maladie mentale, teintée d’hystérie, le film offre tout de même une évolution chez ce personnage. Ainsi Adèle se ressaisit, et grandit. Elle passe de l’assistanat le plus complet à une réelle prise de conscience, de la gaminerie d’une ado de 15 ans désespérée (elle pleure toutes les cinq minutes) à l’âge adulte. Ces moments sérieux sont si rares dans ce film et donc tellement précieux. Enfin Valérie Donzelli s’exprime autrement que par le ridicule et arrive à insuffler une vraie émotion emplie de sincérité. Ce fut une belle surprise. Il aura fallut à Adèle de passer par toutes ses péripéties pour enfin s’épanouir et se tourner, peut-être, vers un nouvel amour.
Valérie Donzelli signe tout de même un portrait de femme touchant mais un premier film plus que moyen au niveau de la mise en scène.
Ecrit par Fadila.
- Shutter Island
L’île des aliénés vue par Scorsese : un périple presque impeccable
‘‘Shutter Island’’ est le dernier film de Martin Scorsese, se déroulant en l’année 1954, dans l’île de Shutter Island qui abrite en fait un asile psychiatrique d’où vient de s’évader une prisonnière. Le marshal Teddy Daniels (Leonardo DiCaprio) et son coéquipier viennent donc enquêter, mais il s’avère vite que Teddy est à la recherche d’un des détenus, pyromane responsable de la mort de sa femme. L’ambiance étrange de l’île va vite devenir dur à supporter pour nos deux protagonistes, particulièrement Teddy dont les vieux traumatismes vont se réveiller…
Personnellement, quand j’ai vu la bande-annonce de ce film, j’avais déjà mon idée de ce qu’allait être la fin. Mais il s’agissait quand même du tout nouveau Scorsese, alors j’ai malgré tout décidé de lui faire confiance, espérant qu’il saurait me surprendre. Ca n’a pas raté, le film s’est terminé exactement comme je l’avais planifié. Cela m’a d’autant plus déçu que le reste du film était franchement un exemple de savoir-faire. Très franchement, je suis loin d’être un grand fan de ce réalisateur, j’ai parfois un peu de mal à comprendre pourquoi on le qualifie de ‘‘génial’’, car il est assez rare que j’aime ses films du début à la fin, sa mise en scène n’étant, à mes yeux, pas spécialement originale. Encore une fois, dans ce film, on trouve les même champ/contrechamp basiques et les raccords (comme je l’avais déjà remarqué sur ‘‘Les Infiltrés’’) sont parfois assez approximatifs, même si dans ce film, ayant dans une atmosphère de folie permanente, cela s’inscrit presque dans le contexte. Néanmoins, même si le retournement final fait pour ce genre de film on ne peut plus ‘‘déjà vu’’ (surtout quand on est comme moi un grand amateur de Stephen King), je dois dire que le dernier flash-back de DiCaprio (que je ne vous révèlerai pas, pour ne pas vous gâcher le film) est une vraie scène de cinéma : le jeu de l’acteur atteint dans la totalité de ce passage une force et une intensité que je ne lui avais jamais vu auparavant, et vous pouvez me croire, Michelle Williams n’est pas en reste non plus, aucune actrice américaine ne m’avait fait autant flipper depuis Carrie.
Comme je l’ai dit, je ne suis pas un admirateur de Scorsese et, pourtant, je dois avouer que, dans ce film, sa mise en scène m’a parfois franchement bluffé, surtout dans la scène de l’arrivée des deux policiers sur l’île qui ouvre le film, où la paranoïa qui va étouffer le protagoniste est déjà perceptible. On a vraiment l’impression d’être constamment épié, et les agents de sécurité donnent vraiment envie de s’enfuir de cette île plutôt que d’y accoster (j’ai particulièrement apprécié les plans subjectifs de l’ouverture des portes de l’asile : on a vraiment l’impression d’être invité à nous faire enfermer). Le film regorge également de superbes plongées sur les personnages, lorsqu’ils se déplacent à l’extérieur ou dans leurs montées d’escaliers, qui renforcent l’effet d’observation continuelle et le sentiment qu’ils n’ont nulle part où se cacher, ce qui est encore plus accentué par la musique qui crée une véritable tension. J’imagine que toute la critique ne va parler que de la prestation de Leonardo DiCaprio, qui est certes impressionnante, mais j’ai été tout autant frappé par le jeu des deux actrices, Michelle Williams et Emily Mortimer, aussi belles qu’elles sont cinglées (ce qui n’est pas pour me déplaire : j’ai toujours eu un faible pour les femmes psychopathes), elles sont vraiment magnifiques et c’est une vraie tristesse qu’elles ne soient pas davantage connus du grand public (pour l’instant…) plutôt que les starlettes à la Scarlett Johansson. Je me souviens qu’en regardant le film, j’avais un sentiment d’irréalité, qui me donnait presque l’impression d’être dans un film fantastique, et avec le recul, je me dis que ces deux actrices ont dû jouer là-dedans, leurs personnages ayant des comportements tellement ahurissants devant leurs crimes qu’on a l’impression de ne pas évoluer dans le même monde.
Enfin, ce qui est également très fort dans ce film, ce sont les flash-back de Teddy Daniels, surtout ceux se déroulant pendant la Seconde Guerre Mondiale, qui donnent un point de vue intéressant et assez différent, surtout venant d’un cinéaste américain, sur ce conflit. Je pense en particulier à la scène de l’exécution des SS par les forces américaines : ne vous attendez pas à un instant jouissif comme dans ‘‘Inglorious Bastards’’, ici c’est une simple boucherie. Comme le dit Teddy Daniels lui-même dans le film, ‘‘ce n’étaient pas des actes de guerre, c’étaient des meurtres’’. La scène où il contemple froidement la longue agonie de l’officier allemand qui a tenté de se suicider est d’ailleurs également une des scènes les plus formidables du film.
Un bon Scorsese donc, malgré une chute fort décevante de mon point de vue( qui gomme par ailleurs une bonne partie de la critique des asiles des années 50 présentée dans le reste du film), avec des comédiens complètement dans leurs rôles et une mise en scène terriblement dérangeante.
Ecrit par Alexis Scheinhardt.