Les critiques de la semaine (19/05)

Publié le par fadila

Copie conforme

 

Copie conforme, joli titre pour un film qui ne tournera finalement qu'autour de cette idée déclinée en plusieurs états : oeuvres d'art (sculpture, peinture, littérature, cinéma – ce film), physique et psychologique. Une éditrice rencontre en Toscane un écrivain à l'occasion de la sortie de son livre réflexif par rapport aux relations étroites entre l'original et la copie dans l'art. Il en suit un voyage à travers la Toscane au village de San Gimignano, village « utopique de bonheur. » Le nouveau film de Kiarostami est une réflexion entre le vu et le non-vu, ce qui est perçu, entendu de ce qui est caché, dissimulé. Plusieurs dialogues s'entre-mêlent, nous ne savons pas ce que Elle (Juliette Binoche) raconte à son fils et à son voisin au début du film, dialogue muet car enveloppé dans le monologue de l'écrivain (James Miller, interprété par William Shimell). Les conversations se trouvent dans d'autres conversations, mal-entendues (vitre, reflet, voix). Le temps de l'histoire s'étalant sur une après-midi en pleine Italie est pratiquement synchrone au temps du récit, notamment lorsqu'il arrive au magasin d'antiquité. Ainsi, le film d' Abbas Kiarostami pourrait être un plan-séquence. Copie conforme est aussi le titre du livre que l'on nous présente au premier plan, titre éponyme, véritable mise en abyme. Ce film est un livre que l'on va feuilleter, passant sans transition d'un état de découverte des personnages (lorsqu'ils se rencontrent dans la boutique d'antiquité) et leur reconnaissance absolue (la deuxième moitié du film, les deux personnages sont finalement mariés depuis quinze ans).

 

 

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Au début du film, les deux personnages ne se connaissent pas ou font semblant de se découvrir. Puis l'homme au café raconte une anecdote : une femme et son fils regardaient une statue de pierre – statue de pierre représentant le père manquant. Soudain, contre toute attente, ce couple se tutoie, se parle comme s'il se connaissait depuis de longues années. Il y a certes une transition de ce basculement mais tellement doux que le spectateur s'y perd. Ainsi, ce scénario non-logique peut nous amener à la question fondamentale du film : quel est son intérêt ? Ce sont bien sûr les personnages, ils se parlent mais font abstraction du monde qui les entoure. On pourrait alors les sortir de tout contexte, ne se parlant qu'à eux-même, mais alors ce ne serait plus du cinéma.

 

Copie conforme, c'est un film sur le temps qui passe, tout au long du film de la jeunesse (l'enfant au début), le mariage (au milieu) à la vieillesse (le couple de personnes âgées à la fin). Cette durée se forme principalement dans des plans-séquence. Un, en particulier, est intriguant : le mari et la femme descendent de la voiture dans le village jusqu'au café. Nous passons de la mort (sorte de cercueil à côté de la voiture, puis au mariage et à la naissance – les deux poussettes qui passent au second plan).

 

En revanche, le couple effectue le chemin inverse : de la découverte des êtres s'ensuit une reconnaissance allant de la confrontation à la compréhension. Ils sont en premier lieu séparés dans la voiture (tous les deux dans le même plan de l'extérieur, défilement du monde sur eux victime du temps vécu - puis champ / contre-champ intérieur), retrouvés au mariage mais cette fois-ci dans la colère, le malheur. Ainsi, les contraires s'affrontent. Le monde représentant le pôle positif (bonheur, joie - utopique) et le couple le pôle négatif. Enfin, ils se retrouvent dans la chambre de noces qui fut la leur, au temps de souvenirs bonifiants. Le temps passe comme un ouragan, emportant souvenirs d'images, souvenirs de son(ge)s, souvenirs des êtres.

 

Le film se veut une copie conforme de la réalité et donc de la vérité. La quête du film est la recherche même de la quête de recherche. Kiarostami, comme le couple, sont à la recherche de sa propre existence aux vus des autres. Les autres forment le reflet de ce que l'on est. Dans cette recherche de la confrontation, le couple se parle à table comme s'il était devant un miroir. Avec un dispositif de champ / contre-champ frontal pour les deux personnages, les personnages s'interrogent eux-même, voulant donner une image qui ne sont pas. Ils sont miroirs de leur propre image. Ainsi, le cinéaste isole les protagonistes enfermés dans leur propre espace, hermétique à l'autre.

Qu'est ce que le film montre réellement ? Montre t-il vraiment la réalité et donc la vérité ? Film métaphorique, il faut creuser l'image pour en découvrir le sens. Copie conforme de la vérité par le cinéma ? Copie conforme entre la réalité et la fiction ?

 

Dans cette recherche de la vérité, le mouvement de la caméra épouse les mouvements des êtres.

Lorsqu'ils sont assis en voiture, la caméra est fixe et lorsqu'ils marchent, la caméra est mobile (à la main). De même, quand ils se trouvent dans un espace stable (par exemple la chambre de noce), les plans sont fixes.

« Le dialogue tourne en rond », cette phrase de James dans le restaurant résume l'ensemble du film. Copie conforme tourne en rond, il ne fait que de se répéter, renouvelant à chaque fois les mêmes motifs (naissance, mort, donc la recherche de la vie), se situant dans un et même village. Kiarosatmi par cette phrase, critique peut-être son propre cinéma avouant ces faiblesses. C'est un film intellectuel où l'autonomie du film ne tient que par le dialogue, l'action extérieure n'existe pas. Le dialogue s'étire devenant bavard et barbant. Nous nous attardons quelque peu sur un couple de mariés mais sans plus.

 

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Juliette Binoche joue juste mais ne transcende pas, à croire qu'il fallait absolument un prix d'interprétation féminine à Cannes. De plus, le jeu des deux acteurs font parfois « faux », est-ce voulu ? Cette fausseté nous fait sortir de l'intrigue pourtant très simple (à table avec la bouteille de vin).

Ainsi, Copie conforme se veut un film intellectuel pour celui qui veut en premier réfléchir puis voir et non être sublimé pour ensuite comprendre.

 

 

Ecrit par Sébastien Candelon.

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