Les critiques de la semaine (10/03)
La Rafle
Souvenez-vous
![02693964-photo-la-rafle[1]](https://img.over-blog.com/300x299/3/60/72/27/02693964-photo-la-rafle-1-.jpg)
La Rafle est le deuxième film réalisé par Roselyne Bosch. Autant dire que c’est un pari osé puisqu’elle s’inspire de la fameuse Rafle du Vel d’Hiv, qui eut lieu le 16 juillet 1942, événement tragique qui coûta la vie à treize mille cent cinquante-deux juifs, dont quatre mille cinquante enfants. Cette fois, pas d’histoire sur les résistants. C’est une France meurtrière qui nous est montrée. Pour la première fois depuis le début des déportations, ce ne sont pas seulement les hommes et les femmes qui sont arrêtés, mais aussi les enfants. Roselyne Bosch a d’ailleurs voulu se placer de leur point de vue, ce qu’elle ne fait toutefois pas pendant tout le film. Ce sont surtout les plans dans le camp de Beaune-la-Rolande (Loiret) qui sont à hauteur d’enfants. Avant cela, les plans dans le Vel d’Hiv (Paris) sont en caméra portée. Jusqu’à ce que toutes ces victimes soient emmenées au Vel d’Hiv, nous ne faisions que les observer, mais lorsqu’ils y entrent, nous avons l’impression d’y entrer avec eux. Alors que leur calvaire ne fait qu’empirer, on se sent pris d’angoisse. Cet enchainement d’événements forts nous laisse sans répit, sans compter que chaque petit acte semble avoir une ampleur démesurée. A chaque instant de bonheur s’ensuit un nouveau tourment. Le moment le plus fort en émotion reste celui de la séparation des enfants et de leurs mères. Nous ressentons ces moments d’autant plus que Roselyne Bosch utilise très peu de musique extra-diégétique, ce qui renforce le réalisme et l’émotion des scènes.
Mais ce qui nous touche vraiment, ce sont les événements-mêmes. En effet, même si le film veut aussi raconter l’histoire de l’un des deux seuls survivants de la rafle, Jo Weismann (l’autre survivante est Anna Traube), ce passage incessant d’un personnage à l’autre et même celui d’un camp à l’autre nous empêche de nous identifier à un personnage. Il aurait peut-être été préférable d’éviter tous ces passages aux côtés d’Hitler et de sa basse cour. Peut-être que Roselyne Bosch aurait dû d’avantage se concentrer sur les victimes de la rafle, et même sur Jo, puisque c’est son histoire qu’elle est censée racontée. Pourtant au bout d’un moment, on a l’impression que Mélanie Laurent, qui joue l’infirmière Annette, devient le centre de l’histoire, ce qui laisse perplexe. Est-ce l’histoire d’une infirmière ou d’un survivant ?
Côté casting, la grande révélation du film est bien sûr Hugo Leverdez, dont l’interprétation de Jo est remarquable, sachant surtout qu’il s’agit de son premier rôle. Les acteurs sont touchants, vrais (et oui, même Gad Elmaleh n’était pas trop nul dans un rôle sérieux) et … amaigris. Le seul acteur décevant est celui qui joue un subordonné de Pétain qui négocie le nombre de juifs à déporter avec deux Allemands dans un bureau sombre. Puisque je ne connais pas son nom, je ne peux que décrire ses scènes, qui sont d’ailleurs toujours les mêmes j’ai l’impression. Quoiqu’il en soit, avec un casting aussi convaincant (Jean Réno, Mélanie Laurent, Raphaëlle Agogué, Catherine Allégret et bien d’autres), je ne comprends pas pourquoi Roselyne Bosch a choisi un acteur dont l’interprétation laisse autant à désirer. Même les enfants sont plus convaincants.
En parlant d’enfants, cela me fait penser à un plan insolite sur le petit Nono, interprété par des jumeaux de cinq ans. Dans un plan en plongée, on le voit entrer seul par le haut du cadre et courir vers l’avant-plan, vers le camion qui l’amènera à Auschwitz, alors qu’il croît qu’il pourra enfin retrouver sa mère. Car après le camp de Beaune-la-Rolande, la prochaine destination est Auschwitz. Là-bas, même les enfants sont exterminés. Le comble de l’horreur n’est-ce pas ?

Je ne vais pas dire que La Rafle est un film parfait. La fin est d’ailleurs assez invraisemblable, mais apparemment Roselyne Bosch a choisit de faire prévaloir l’émotion (et ça marche). Toutefois, ce film est utile, nécessaire. Un jour, les survivants ne seront plus là, et ce jour-là, on aura de tels films pour nous rappeler leur passage sur terre. C’est également un film qui appelle à la réflexion. Comment peut-on en arriver là, à un tel degré de cruauté et de folie ? Mais pas seulement. Car nous en venons tous à nous poser la même question : et si nous avions été à leur place ? C’est pour cela que La Rafle est un film à aller voir. Pour que tout le monde sache ce qu’il s’est passé il y a à peine une cinquantaine d’année, pour ne pas oublier. Car c’est un devoir pour les générations qui ont suivi cette tragédie de se souvenir. Alors vous aussi, souvenez-vous…
Ecrit par Aurore Kakoun
« Il est, dans la vie d’une nation, des moments qui blessent la mémoire… »
« {…} Il est, dans la vie d'une nation, des moments qui blessent la mémoire, et l'idée que l'on se fait de son pays.
Ces moments, il est difficile de les évoquer, parce que l'on ne sait pas toujours trouver les mots justes pour rappeler l'horreur, pour dire le chagrin de celles et ceux qui ont vécu la tragédie. Celles et ceux qui sont marqués à jamais dans leur âme et dans leur chair par le souvenir de ces journées de larmes et de honte.
Il est difficile de les évoquer, aussi, parce que ces heures noires souillent à jamais notre histoire, et sont une injure à notre passé et à nos traditions. Oui, la folie criminelle de l'occupant a été secondée par des Français, par l'État français {...} »
Extrait du discours prononcé lors des commémorations de la Rafle du Vel'd'Hiv', le16 juillet 1995 par Jacques Chirac.
Ce discours est vrai, réel
Notre douleur est vraie, réelle.
Ces morts sont vrais, réels
Notre acte de mémoire est vrai, réel
Pourquoi transformer cette réalité en un fait fictionnel ?
Oui, il est douloureux pour un pays quel qu'il soit d'accepter des faits historiques si graves.
Oui, la simple pensée de ces arrestations, de ces hommes, de ces femmes, de ces enfants, de ces esprits, de ces âmes, de ces corps, de ces vies font monter en moi une haine incommensurable.
Il ne faut rien oublier
Il faut en parler
Il faut transmettre
Pourquoi en faire une discussion de café ?
« - Ce film m'a fait pleurer » disait madame Française.
« - Tu es trop sensible », répondit monsieur Français.
« -Je t'assure, quelle émotion lorsque ce petit parmi 13152 individus retrouve son infirmière … C'est à arracher le cœur. » s'exclama madame Française.
« - Elle est pas mal d'ailleurs la petite infirmière. » marmonna monsieur Français.
Et oui, car cela est touchant de vouloir rendre hommage à cette population française exterminée, mais pourquoi alors faire tourner le film autour d'un duo héroïque d'infirmiers, Reno-Laurent, corrigent une horreur policière. Bien entendu, la jeune infirmière sa ballade aisément dans entre l'extérieur et le vel d'hiv, ainsi que dans le camp de concentration. Elle, unique, a été épargnée après toutes les horreurs dont elle avait été témoin. Est-ce vraiment réaliste ? Pouvons nous penser sincèrement une seule seconde que les nazis aient laissé en vie une jeune française consciente de leur actions ? En étant persuadé qu'elle gardera le silence ? Cela est probable dans le film, pour une bonne raison : c'est Mélanie Laurent.
Et c'est probablement ici qu'un des problèmes principaux se pose : Utiliser des acteurs connus pour un rôle anonyme. Ce détail nous ramène dans la dimension filmique si bien qu'une distance s'installe dès l'arrivée de Mélanie Laurent à l'écran.
Gad Elmaleh est émouvant …
- « C'est drôle de le voir sérieux ! » Disait madame Française.
Il prouve effectivement une capacité à être autre chose qu'un « Coco » à l'écran. Mais occupe un peu trop une figure centrale au sein de la population juive. La rafle du vel d'hiv n'est pas l'histoire d'un homme et de sa famille. C'est l'histoire de l'humanité.
Nous partons donc ici dans un épisode de série tragique, dramatisé par une création malsaine de sentiments contraires. Faire commencer un film par des images d'archive d'Hitler sur un fond d'Edith Piaf ne met franchement pas à l'aise, c'est vrai, mais cela est un peu facile.
Ne parlons pas de la fin du film massacrant Le clair de lune de Debussy. Et oui, cette musique est belle, sentimentale, émouvante en elle même. Il n'est pas difficile de faire pleurer dessus. Mettez-y des photos de votre tendre et heureuse enfance dessus : ne serez-vous pas ému ?
La mise en scène est ainsi une machinerie sentimentale, ornée de dialogues plats.
« - J'aurai dû vous aider à vous échapper ... »
« -Vous êtes allé aussi loin que vous pouviez ... »
« -J'aurai dû mieux vous protéger ... »
(… Oh James, c'est horrible ce qui vous arrive. Comment vais-je vivre sans vous ? ...)
Un point positif pour le film, les deux médecins ne s'embrassent pas !! Mais, ne nous réjouissons pas trop vite, nous aurons tout de même droit à une séquence de valse dans le camp de concentration ….
Un paradoxe fait que ce film est clairement une fiction, faisant perdre toute crédibilité à la mémoire que nous portons tous à ces victimes, mais que d'un autre côté, il se veut trop documentaire. Les dialogues veulent aussi beaucoup trop renseigner le spectateur sur la situation qui existait là bas :
« - Tout se déroule comme je l'ai écrit dans Mein Kampf » se réjouit Hitler.
Ou encore : « - Vous n'êtes plus au collège ? » demande une passante non juive à un professeur juif
« - Non, comme tous les fonctionnaires juifs ... » répondit le professeur.
Le cinéma n'a t-il pas d'autres moyens pour faire comprendre la situation que des dialogues ennuyeux à mourir ? La réponse est évidente, mais le film ne se veut pas œuvre cinématographique, mais rassemblement public.
Après la preuve du patriotisme français avec Bienvenue chez les ch'tis de Dany Boon, il faut s'attendre à la multiplication des films touchant la France dans les dix prochaines années.
La rafle fait perdre toute sa crédibilité à cet événement si grave, en vulgarisant l'Histoire, et en enfermant le spectateur dans un sentimentalisme repoussant.
Ce que Roselyne Bosch voulut faire est honorable, mais il me paraît impossible de parler de la rafle du vel d'hiv au cinéma comme nous pourrions parler de la séparation d'un couple. Ce type de sujet appelle deux seuls et uniques genres : le documentaire, fait sérieusement, se revendiquant comme tel ; ou la fiction, mais tournant autour du sujet, se reconnaissant très loin de la réalité. Il était pour moi beaucoup plus agréable de regarder Inglorious Basterds de Quentin Tarantino car, étant si loin de la réalité, nous pouvons paradoxalement réfléchir sur la réalité des faits, en se demandant ce que cela aurait changé à l'Histoire si la réalité avait été telle que dans la fiction. Vouloir coller à la réalité nous enferme dans une impossibilité de penser quoi que ce soit. En sortant de la salle, je ne pensais qu'à une chose : « Oui, cela s'est passé comme ça. Oui, et alors ? Qu'est-ce que le film m'a apporté de plus qu'un livre d'histoire mieux écrit, plus intéressant, ou qu'un documentaire passionnant ? » Absolument rien.
Ce film n'apprend rien et nous éloigne du respect que nous devons entretenir et transforme une réalité historique en un mauvais scénario de série B.
Ecrit par Julien Mondon